Sam a eu son bac

  Sam se lève, déploie ses sens et flotte à travers l'appartement jusqu'à la cuisine où il s'assied. Aujourd'hui, il a son bac. Sa famille se dépose sur les chaises parsemées autour de la table. Grand-mère et fréro habitaient avec eux, ils sont morts depuis deux mois. Têtes dans le cul et têtes d'enterrement, malgré ça, une voix surgit du ventre de Sam à la façon d'un gargouillement inopiné : "Il manque des gens, non?". Son père, sa mère et sa soeur se dressent sur leur trône et l'observent de leurs yeux engourdis, effrayés. Sam lui, crache son petit déjeuner et se tord de convulsions, soudainement épileptique, se poilant comme un diable. L'humour noir en guise de thérapie dans un monde politiquement correct; il est incompris. Vlan une beigne de la part de son père, un "Je te renie" projeté par sa mère et sa soeur elle, lui pisse à la raie. Il garde son calme et leur rétorque doucement : "De toute façon aujourd'hui j'ai mon bac, si c'est comme ça j'vais m'voiturer dans le métro… ". Fracas de ferrailles, salauds qui gueulent, salauds qui poussent, le bip du départ et Raclure Anti Tacheur de Pouces écrit partout en vert. Sam est assis devant une grande pub à la con. Un punk à chèvre s'approche : "Z'auriez pas un zygomatique à prêter, j'ai du mal à sourire! " Sam l'observe, il n'avait jamais vu de punk à chèvre, il sort un canif de sa poche et se découpe avec précision la joue gauche. Il tend le résultat poliment à son interlocuteur ravi, "Merci msieur c'est vraiment chouette !" Sam lui répondit qu'il n'avait rien à perdre, la chèvre s'en alla et le punk sauta sous un train.
C'était bientôt l'heure, il y avait trente-douze écrit sur l'asphalte. Pas d'amis, pas de collègues, pas d'humour, pas de Nature, des politiciens hypocrites et malsains, une famille aigrie et partout des gens niais. Sam avait une vie bien pourrie mais tout à l'heure, il aurait son bac. Il passa le reste de son après-midi à critiquer des passants depuis la terrasse d'un café, à marcher dans des merdes de chèvres, à insulter le bon dieu et à se trémousser sur du rock n' roll. Il rentra chez lui, un silence de mort stagnait sur tous les meubles. Il se passa environ 24 903 secondes et un mec sonna. "Enfin!" cria Sam. Il ouvrit, signa le papier, traîna le lourd colis dans le salon et enleva l'emballage. C'était un grand bac en bois massif, muni de quatre anses en argent, un homme pouvait facilement y rentrer. Il prit une bière au cyanure et se mit dans son bac, "t'es mort et c'est chouette" se dit-il à lui-même, et belle au bois dormant à jamais.
Sam a eu son bac.